La détresse d'une Princesse
Aujourd'hui pas de déco, pas de shopping... Juste la détresse d'une maman sans enfants.
Je n'ai pas pour habitude de parler de moi sur mon blog, ou alors de manière très discrète, mais aujourd'hui je tiens à vous raconter ce que l'administration me fait vivre parcequ'il y a des choses que l'Homme doit savoir.
Stéphane Hessel disait "Indignez-vous !", et aujourd'hui je m'indigne et je dénonce. Je dénonce le calvaire que peut faire vivre l'administration à une maman endeuillée.
Le 12 avril dernier, vous le savez, j'ai accouché spontanément de mes deux petits pois, amours éternels, malheureusement nés sans vie à presque 5 mois de grossesse. Ceux qui ont vécu ce drame savent à quel point c'est déchirant et ceux qui ont des enfants peuvent peut-être imaginer la souffrance que c'est...
Je suis sortie de l'hôpital, et j'ai dû réapprendre... Réapprendre à être moi... Une enveloppe vide qui doit continuer à avancer...
J'ai appelé la Sécurité sociale et on m'a dit que je n'avais pas le droit au congès maternité... Ma maternité était niée. Je n'avais pas d'enfants, pas de statut... juste des images, des souvenirs gravés dans ma mémoire, mon coeur et ma chair a jamais modifié et le devoir de vider une petite chambre...
Au fond, du fond, les médecins ont prolongé mon arrêt maladie. (J'ai été arrêtée très tôt durant ma grossesse à risque.)
Vint le jour où il fut temps pour moi de reprendre le boulot, pour continuer ma route, avec dans le coeur ces deux nouvelles petites étoiles. Malheureusement l'accueil au boulot fut terrible...
L'espèce humaine peut être terrifiante parfois. Moi qui suis quelqu'un de profondèment humaniste j'ai rencontré la face noire de l'Homme et elle est encore plus laide que ce que l'on peut imaginer... Devant les propos qui me furent tenus (discréminants, abjectes, indignes, culpabilisants), la médecine du travail ainsi que mon médecin ont prescrits une reprise à mi-temps thérapeutique dans l'attente d'une rupture de contrat.
Il y a quelques jours je me suis aperçue que la CPAM me versait des indemnités posenatales (en effet dans un autre monde, si mes bébés n'avaient pas été aussi pressés... j'aurai dû entamer mon congés maternité officiel à cette date...). J'ai donc pris contact auprès d'eux pour qu'ils stoppent la chose. Une chose terrible psychologiquement je vous l'assure...
Là c'est la descente aux enfers.... une expert s'empare de mon dossier et j'apprends qu'en réalité j'avais bien le droit à un congés maternité suite à mon accouchement... mais que j'ai repris le travail trop tôt (il y a un délai légal à respecter avant de reprendre le travail suite à un accouchement) et que donc j'ai perdu ce droit. Néanmoins ils m'ont versé des indemnités (on ne sait pas pourquoi, du jour au lendemain - deux mois après l'accouchement - mes indemnités de maladie se sont transformées en congés maternité à la date du lendemain de mon accouchement alors que jusqu'à présents mes relevés notifiés bien un congés maladie.) et il va certainement falloir rembourser cette somme...
Voilà le résultat de l'incompéténce d'une fonctionnaire qui a préféré me répondre "Non" lorsque je lui ai demandé si j'avais la possibilité d'être en congés maternité pour entamer mon deuil... plutôt que "Je ne sais pas, je vous passe quelqu'un...."
La sécurité sociale m'a privé de mon droit au congès maternité, de la reconnaissance de mon statut de mère... une mère sans enfants à bercer, certes, mais une mère, une mamange pour reprendre ce très beau terme.
Je suis en colère, je suis dégoûtée... fatiguée de devoir me battre pour qu'on puisse obtenir ce à quoi nous avons le droit. Fatiguée de l'incompétence de certains... Admettre que l'on ne sait pas est la plus grande des sagesses comme le soulignait Socrate... Dommage que cette conseillère n'ait pas été versée dans la philosophie.
Je voulais dénoncer le manque de prise en charge que l'on subit (oui, oui, j'ai bien dit "subit") suite à la perte de nos enfants...
Dans ces moments là tout s'effondre, on vit dans une bulle noire et certaines personnes s'efforcent de nous y enfoncer (Cette conseillère qui n'a pas su reconnaitre son incompétence, mes médecins qui m'ont dit que je n'avais pas le droit au congés maternité car mes enfants étaient nés sans vie et non morts nés..., ma patronne qui a tenu des propos qui vont au delà de tout ce qu'on peut imaginer...).
Bref... heureusement qu'à côté de tout cela nous avons reçu le soutien nécessaire de la part de la famille et des amis, les vrais... et merci à vous aussi pour vos messages... Ca m'aide à tenir même si parfois j'ai l'impression que jamais je ne parviendrais à rebatir un monde serein...
Voilà... Fin de mon indignation... enfin sur le cabinet, car dans la vie... : )
Promis le prochain article sera fidèle au Cabinet ! ;)